experience engrais vert afrique
Ces personnes venues admirer la production de mangues de don Ramon s'entendent dire qu'il n'a pas fait grand chose : « tout le crédit revient aux cultures de couverture »

par Máximo Ochoa et Pedro J. Oyarzun

En Equateur, les sols agricoles sont extrêmement dégradés. La déforestation, les pratiques telles que les monocultures et l’agriculture sur des pentes raides ont contribué à la disparition des sols fertiles. Le sous-sol, composé en grande partie de sables volcaniques endurcis, est aujourd’hui très visible. Cette dégradation est perceptible au niveau de la teneur des sols en matières organiques et par conséquent de la stabilité de leur structure et du contenu nutritionnel. L’utilisation des produits agrochimiques a aggravé la situation. Dans ce contexte, il est donc plus approprié de parler de « réhabilitation » que de « conservation » de cette ressource.

Naturellement, la première action à envisager dans ce processus de réhabilitation est d’étudier les changements à opérer dans les pratiques locales. Etant donné les effets connus de la matière organique, le Réseau de Gestion des ressources naturelles de l’Equateur (MACRENA), en collaboration avec World Neighbors et la Fondation McKnight, ont décidé d’orienter leurs efforts sur les meilleurs moyens de garantir suffisamment de matière organique, notamment chez les petits exploitants. Dans le cadre de cette recherche de solutions alternatives aux pratiques actuelles, nous sommes allés à la rencontre de nombreuses expériences réussies au Mexique, en Amérique centrale et au Brésil. Vu que les cultures de couverture ne sont pas courantes dans les hautes terres andines, nous avons commencé à travailler avec un réseau d’agriculteurs innovateurs issus des basses, moyennes et hautes terres des hauts plateaux du nord du pays.

Avantages des cultures de couverture

Les « cultures de couverture » font référence aux cultures supplémentaires intégrées à la culture principale. Il peut s’agir également de cultures couvrant la terre lorsqu’elle est en jachère afin de protéger le sol contre les effets de l’érosion éolienne, pluviale et contre les températures élevées. De même, les « engrais verts » sont des cultures de couverture destinées à renforcer les matières organiques des sols, améliorant ainsi leur fertilité globale. Ce sont des espèces à croissance rapide coupées et enfouies au même endroit où elles croissent, avant la floraison pour éviter la concentration de nutriments vers les graines ou les fruits. Les cultures de couverture et les engrais verts comportent des avantages similaires et complémentaires :

  • protection du sol contre l’érosion et l’assèchement d’où une amélioration des niveaux d’humidité des sols et de la circulation de l’eau ;
  • protection contre le développement des mauvaises herbes, soit directement (en bloquant la lumière), soit indirectement (grâce à certaines espèces réputées agir comme des herbicides) ;
  • enrichissement du sol avec de l’azote et d’autres nutriments ;
  • création d’habitats pour les ennemis naturels des animaux nuisibles et organismes vecteurs de maladies ;
  • contribution à une meilleure structure des sols grâce à une plus grande activité biologique du sol et l’action mécanique des substances libérées par les racines ;
  • contribution à la formation de la matière organique et de l’humus du sol, activation de la faune et des micro-organismes du sol ;
  • création d’un environnement plus humide permettant de briser les résidus durs tels que la paille des systèmes céréaliers, équilibrage du rapport carbone/azote.

Les espèces les plus courantes utilisées comme cultures de couverture/engrais verts sont généralement les haricots, les légumineuses, les herbes et également les plantes de la famille des cucurbitacées. Elles peuvent se développer dans des sols pauvres, produire de grands volumes de masse verte sur une courte période, être peu exigeantes en eau et jouir d’un réseau racinaire dense.

D’un autre côté, leur utilisation est soumise à de nombreuses restrictions et exigences, qui sont liées non seulement aux espèces mais aussi aux conditions agricoles particulières. Par exemple, les cultures de couverture ne doivent pas freiner le chauffage approprié du sol dans les hautes terres froides. L’ensemencement et la croissance ne doivent pas coûter cher ; elles ne doivent pas constituer une source de ravageurs ou de maladie pour la culture principale et la libération des nutriments doit avoir lieu au moment où la culture principale en a le plus besoin. De préférence, elles ne doivent pas entrer en compétition avec les cultures commerciales ou vivrières en termes de main d’œuvre et de temps.

Engrais verts et cultures de couverture prometteurs

Dans les montagnes de 1500 à 3400 m au-dessus du niveau de la mer, les hautes terres du nord de l’Equateur présentent une diversité d’écosystèmes, couvrant les vallées andines, les pentes raides et les plateaux des hautes terres. De nombreux agriculteurs, en collaboration avec MACRENA et World Neighbors, ont expérimenté les cultures de couverture et les engrais verts dans différentes zones écologiques. Travailler dans différents écosystèmes permet d’acquérir des expériences et des informations que l’on peut adapter dans d’autres régions andines. Jusqu’ici, les agriculteurs des vallées plus basses ont utilisé la mucuna (Stizolobium sp. ou Mucuna pruriens), Canavalia ensiformis, dolique d’Égypte ou dolique lablab (Lablab purpureus), le pois cajan (Cajanus cajan) et d’autres variétés de haricot comme par exemple le haricot ordinaire(Phaseolus vulgaris) et l’Arachis pintoi. Les agriculteurs des zones plus élevées ont utilisé des fèves courantes, telles que les pois, l’avoine, la luzerne, la vesce (Vicia spp). le lupin (Lupinus spp.) et la « torta » ou haricot de Lima (Phaseolus lunatus). Même si le processus de réhabilitation des sols peut prendre plusieurs années, les effets de l’utilisation des cultures de couverture et des engrais verts se constatent immédiatement. Les résultats obtenus par Don Ramón Alcívar et sa famille en sont un exemple. Il fait partie des paysans chercheurs membres d’EcoAmbuquí, une des organisations paysannes appuyées par MACRENA et World Neighbors. Son exploitation se trouve dans la commune d’Ambuquí, dans une vallée connue sous le nom de Chota, à une altitude de 1500 à 2000 m. Il s’agit d’une zone semi-aride, avec des précipitations annuelles de seulement 500 millimètres. Il y a deux ans, don Ramón a commencé à expérimenter les cultures de couverture. Il a semé six différents types de fèves entre ses manguiers.

L’expérience de Don Ramón

Les cultures de couverture ont bien poussé. Il suffisait d’un seul désherbage, après l’ensemencement. Le premier problème est cependant apparu immédiatement : Don Ramón et sa famille ont constaté à quel point les fèves grimpaient sur les manguiers en croissance. La solution consistait à contrôler la façon dont les vignes croissaient, en les coupant avec des ciseaux. Aucune autre difficulté ne s’étant présentée, Don Ramón a poursuivi ses cultures. Aujourd’hui, après deux saisons, il s’exclame : « Les cultures de couverture sont merveilleuses. Je n’ai besoin de les semer qu’une seule fois. La première chose que vous pouvez constater est que les herbes arrêtent de pousser, alors je n’ai pas besoin de dépenser de l’argent pour le désherbage. Et puis, je me suis rendu compte que ces fèves produisent beaucoup de graines. J’ai récolté beaucoup de fèves que j’ai partagées avec mes voisins, mais aussi avec les autres membres d’EcoAmbuquí. J’ai gardé une partie des cultures de couverture dans la terre et elles se développent toutes seules, donc je n’ai pas besoin de semer une nouvelle fois. Maintenant, je dispose d’un lit de 20 cm de matière organique et de beaucoup de vers de terre ; les animaux du sol sont apparus, tous décomposent les matières organiques. Le plus incroyable c’est que la terre reste humide pendant longtemps, ce qui a également modifié les fréquences de l’arrosage. Aujourd’hui, je n’ai pas besoin d’arroser mon champ chaque semaine, mais toutes les trois ou quatre semaines ! »

Grâce à la présence de ces cultures de couverture depuis deux ans, les changements qui se produisent dans le sol sont visibles à l’œil nu : une nouvelle couche s’est constituée, suite à la décomposition de la matière organique. La surface du sol de l’exploitation de Don Ramón a maintenant une couleur différente. La teneur en nutriments du sol constitue également une nette différence. Au cours des deux dernières années, DonRamón et ses collègues ont prélevé une série d’échantillons de sol. En comparant les champs où ils ont cultivé deux types de pois Mascate (griffe du diable), de dolique lablab et de pois-sabre (Canavalia), ils ont constaté un changement significatif dans la teneur en azote du sol allant jusqu’à 35 %. Aucune des autres propriétés mesurées n’a montré de différences significatives.

Rendements et performances des cultures

Par rapport aux rendements et à la performance des cultures, et en invoquant d’autres travaux similaires sur les cultures de couverture et les engrais verts, Don Ramón a ajouté : « Maintenant je consacre plus de temps à d’autres choses, à ma famille par exemple. Ma plus grande surprise a été de voir les plantes à proximité des engrais verts devenir plus grosses et plus vertes que les autres qui en étaient éloignées. J’ai commencé la récolte et constaté que ces cultures ont produit presque deux fois plus que les autres. Je récoltais mes mangues chaque semaine pendant deux mois et enregistrais des rentrées d’argent chaque semaine. Ma femme est heureuse et, elle aussi, reconnaît aujourd’hui les avantages des engrais verts et des cultures de couverture. Les habitants des autres communautés, et même d’autres provinces, viennent visiter mon champ. Lorsqu’ils voient mes belles mangues, ils me demandent : Qu’avez-vous fait ? Et ma réponse : « Rien, les engrais verts font tout ».

Mis en œuvre par World Neighbors, le projet COVERAGRI appuie de nombreux agriculteurs comme Don Ramón, tous s’emploient à créer des systèmes plus durables et plus productifs. Tous ces systèmes reposent sur de meilleures techniques de gestion des sols et sur la constitution in situde la matière organique. Notre projet a commencé par une petite exploitation et une banque de semences de 2 kg pour la multiplication. Aujourd’hui, les différentes exploitations gérant des cultures de couverture et des engrais verts s’étalent presque sur 30 hectares. Nous envisageons de continuer à développer cette zone sur un modèle agriculteur à agriculteur. Nous comptons également travailler dans différentes zones écologiques ultérieurement, notamment dans les altitudes plus élevées, où nous espérons apporter une importante contribution à la reconstitution des sols dégradés. La rentabilité de la production agro écologique locale s’en trouvera renforcée.

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