En Afrique, les produits locaux réinvestissent les marchés

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Si l’afflux de produits importés sur les marchés africains met à mal les produits locaux, ceux-ci n’ont pas dit leur dernier mot.

«Si l’afflux de produits importés sur les marchés africains met à mal les produits locaux, ceux-ci n’ont pas dit leur dernier mot.Ah quel délice ! C’est le riz camerounais ! », s’exclame un homme sur une brochure intitulée « Comment cuire le riz camerounais ? », distribuée par l’Association citoyenne de défense des intérêts collectifs. Cette association camerounaise (voir TRI n°390) a initié dans le pays une campagne « Zéro produit alimentaire importé » pour interpeller « les politiques, les consommateurs, les opérateurs économiques et les producteurs » sur la question de la souveraineté alimentaire nationale.

Sur l’ensemble du continent africain, pour la période 2005-2007, 40 % du riz blanc était importé ainsi que 62 % du blé ou encore 55 % du sucre et des huiles végétales. Une situation due aux accords internationaux de libre-échange qui font que sur des marchés africains, on peut trouver un riz américain ou asiatique au même prix voire moins cher qu’un riz local, alors que celui-ci a demandé jusqu’à cent fois plus de travail. Sans compter que les riz importés sont souvent perçus par les consommateurs comme plus faciles à cuisiner et à conserver.

Métissage alimentaire

Depuis les années 1990, des industries de transformation de produits agricoles africains ont tenté de promouvoir des aliments dits traditionnels. Si l’objectif était d’augmenter la compétitivité des produits locaux, les sachets d’attiéké (couscous de manioc) et les flocons de mil précuit n’ont guère rencontré de succès… La crise des prix alimentaires de 2008 a cependant « sensibilisé » les dirigeants africains au danger de ne recourir qu’aux marchés mondiaux pour satisfaire les demandes alimentaires nationales.

Selon Nicolas Bricas, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), les comportements alimentaires urbains en Afrique ne se résument pas à une opposition entre produits importés et circuits courts locaux. L’alimentation et le choix des aliments fait appel à de multiples références qui peuvent provenir du « terroir rural d’origine » (interdits alimentaires, plats traditionnels, etc.), de « pratiques de socialisation urbaine » (repas entre collègues le midi, achat quotidien au marché, etc.) ou de la « relative liberté individuelle que permet la ville » (grignotage, repas rapide dans la rue).

Ainsi, en Afrique du Sud, le sorgho est considéré comme un aliment plus nourrissant que le maïs et véhiculerait à la fois l’image d’un « aliment-santé » et d’un produit africain traditionnel malgré « l’important processus de substitution des céréales locales par de ‘‘nouvelles’’ sources d’amidon (maïs, blé…) dans les modèles alimentaires des urbains d’Afrique sub-saharienne ». De même, à Bamako au Mali, ou à Ouagadougou au Burkina Faso, certains consommateurs sont attachés au fonio, une très petite céréale difficile à cuisiner, mais qui bénéfice d’un regain d’intérêt en raison de ses qualités nutritionnelles et du fait d’être liée à des traditions culturelles rurales. Enfin, des enquêtes menées au Nigeria et en Côte d’Ivoire démontrent que le prix n’est qu’un déterminant parmi d’autres (culturels, sociaux) dans le choix entre riz importé et riz local.

Ibrahim Sarr, directeur du Réseau régional des horticulteurs de la région de Kayes, au Mali, affirme : « Les urbains se nourrissent davantage de pâtes et autres produits importés, accompagnés de légumes, d’où l’intérêt de développer la production horticole [maraîchage]. La demande existe. Les produits locaux sont prisés par les consommateurs. » Le développement des filières locales courtes commence timidement à recevoir des appuis institutionnels comme au Mali, où les organisations paysannes ont obtenu la valorisation des produits nationaux dans la loi d’orientation agricole nationale. Enfin, en Ouganda, l’État a choisi de taxer à 75 % les importations de riz, stimulant ainsi la production locale et l’approvisionnement en circuit court des marchés urbains… au point que le pays exporte depuis peu son riz dans la sous-région.

Mickael Correia

 

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