Des kits d’aquaponie pour préserver l’eau et les sols

Reportage : Cameroun

Pour protéger les plants et les poissons des maladies et des mauvaises conditions météorologiques, l’organisation Save Our Agriculture a placé ses systèmes aquaponiques et ses légumes sous 5 serres, à Douala. © Save Our Agriculture

Une start-up d’aquaponie aide les agriculteurs camerounais à améliorer leurs rendements et leurs revenus en produisant quatre fois plus de légumes et de poissons dans des espaces réduits.

Fondée par Flavien Kouatcha Simo, ingénieur agronome de 28 ans, et une équipe inititiale de cinq personnes, l’entreprise camerounaise spécialisée dans l’AgTech Save Our Agriculture a commencé à produire et à vendre des kits d’aquaponie en 2016. Grâce à ces kits, utilisés pour la production maraîchère – hors-sol et sans engrais chimiques – et l’élevage de poissons, les habitants des zones urbaines du pays peuvent produire pour leur propre consommation, mais aussi se procurer des revenus supplémentaires en vendant leur production.

Ce système aquaponique permet de produire quatre fois plus d’aliments que les méthodes agricoles traditionnelles. Séduits par ces rendements très élevés, de nombreux citadins du pays se sont lancés dans l’agriculture aquaponique, ce qui leur a permis de faire face aux pénuries alimentaires, en particulier lors de sécheresses prolongées. “Beaucoup utilisent à présent cette nouvelle technique agricole pour cultiver dans leur cour ou leur petit jardin, pas seulement pour leur propre consommation, mais aussi pour vendre leur production”, explique Flavien Kouatcha Simo.

L’aquaponie associe aquaculture conventionnelle (pisciculture) et hydroponie (culture de plantes dans l’eau), en milieu symbiotique. “Les déchets de poisson constituent une source de nourriture organique pour les végétaux et ceux-ci-ci filtrent naturellement l’eau des poissons”, explique l’ingénieur. Dans un système aquaponique, les déchets de poisson étant riches en protéines, ils deviennent le substrat biologique de base nécessaire à la croissance des végétaux. “Ce système résout également le problème de la pollution et de l’élimination des déchets de la pisciculture, particulièrement aigu dans les villes côtières, comme Douala, Kribi et Limbe”, ajoute-t-il.

Capacité de production accrue

L’équipe de Save Our Agriculture, qui compte aujourd’hui 12 employés, a conçu deux kits d’aquaponie prêts à l’emploi, comprenant des pépinières, des poissons juvéniles, de l’eau et de la nourriture pour poissons. Le kit aquaponique de base de 150 m2 est vendu 80 000 francs CFA (121,96 euros). Ce modèle s’adresse principalement au marché domestique des particuliers, qui utilisent ces kits pour la production durable de légumes – aubergines, poivrons, salades et tomates – et de plantes aromatiques, ainsi que pour l’élevage de poissons. Ils peuvent ainsi nourrir leur famille. Le second modèle, de 250 m2, est vendu 250 000 francs CFA (381,12 euros) et est destiné principalement aux hôteliers et aux restaurateurs.

En moins de trois ans, l’entreprise a déjà produit et vendu près de 900 kits d’aquaponie à des particuliers et des restaurants des zones urbaines. Mariam Fule, propriétaire d’Afro-Restaurant à Douala, explique que, depuis qu’elle a acheté les kits d’aquaponie de Save Our Agriculture en 2018, elle cultive elle-même ses légumes, ce qui lui a permis de faire face aux problèmes d’approvisionnement lors des pénuries alimentaires, surtout pendant la saison sèche. “Je peux à présent compter sur un approvisionnement régulier en légumes pour mes clients”, indique-t-elle. Grâce aux 15 petits kits d’aquaponie qu’elle a achetés, Mariam Fule récolte chaque semaine plus de 250 têtes de laitue, alors qu’elle ne pouvait auparavant compter que sur le marché local pour son approvisionnement.

À mesure qu’elle développe et étend ses activités, l’entreprise Save Our Agriculture attire de plus en plus de clients. De nombreux groupes de jeunes souhaitent en outre en savoir plus sur la production de ces kits. “Grâce au soutien technique de la mairie de Douala et du Centre multifonctionnel, un centre public de formation, en 2017 et 2018, nous avons appris à 135 jeunes de Douala à produire et à utiliser les kits d’aquaponie”, explique Flavien Kouatcha Simo. “Beaucoup d’entre eux ont pu ainsi démarrer leur propre ferme aquaponique et ils vendent aujourd’hui leurs récoltes et leurs poissons d’élevage.”

Systèmes durables

L’aquaponie aide les citadins à faire face aux pénuries alimentaires mais aussi à surmonter les difficultés liées au manque de terres cultivables dans les villes. “Trouver un lopin pour y aménager un potager familial est vraiment compliqué, mais, depuis l’arrivée de cette technique de culture, de nombreux habitants de notre municipalité produisent à présent dans leur jardin de quoi se nourrir”, constate Elimbi Lobe, conseiller municipal du 5e arrondissement de Douala.

De plus, “ce système de culture résout le problème de la rareté de l’eau dans les villes et peut être utilisé en serre, ce qui permet de contrôler la température”, précise Bernard Njonga, PDG de l’Association citoyenne de défense des intérêts collectifs, une ONG qui protège les droits des agriculteurs camerounais. Utilisées avec les kits d’aquaponie, les serres protègent les cultures et l’élevage de poissons des ravageurs et des intempéries, comme les précipitations abondantes et le fort ensoleillement. Save Our Agriculture gère actuellement trois systèmes d’aquaponie et deux serres de légumes à Douala et prévoit d’augmenter sa production en serre au cours des deux prochaines années.

En plus d’aider les agriculteurs à s’adapter à l’imprévisibilité croissante des précipitations, le système aquaponique est également très durable. L’utilisation efficace de l’eau, de l’espace et des engrais permet de minimaliser l’impact de l’agriculture sur ces ressources clés, et de lutter ainsi contre la dégradation des sols. Les kits d’aquaponie permettent de produire trois à quatre fois plus d’aliments biologiques et donc d’économiser 90 % de l’eau utilisée dans l’agriculture traditionnelle, tout en évitant les coûts élevés de la main-d’œuvre nécessaire pour l’irrigation dans les régions touchées par la sécheresse. En retour, ces économies réduisent de 20 % l’empreinte carbone générée par l’activité agricole.

Le potentiel de transformation de l’aquaponie

Le ministre camerounais de la Pêche et de l’Élevage, le Dr Taiga, affirme que Save Our Agriculture pourrait aider le pays à réduire considérablement ses importations de poissons – dont la facture s’élève à 152 millions d’euros par an et à remédier à la pénurie de certains aliments dans le pays. Flavien Kouatcha Simo espère que l’aquaculture permettra de tripler dans un avenir proche la production de poissons et de cultures vivrières, non seulement au Cameroun mais aussi dans toute la région de l’Afrique centrale. “Nous sommes déjà en train de nous étendre en dehors du pays et de nous positionner au Sénégal. Le Nigeria est la troisième étape. C’est pour 2020”, annonce-t-il.

 

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